Depuis les Alpes – où j’essaie de comprendre et d’analyser (à grands coups de mépris, me dit P.), pourquoi je suis si sourde à cette partie de la France, pourquoi j’ai tant de rejet pour Grenoble, les grenoblois ; une histoire qui tourne autour de la recherche de performance et de sport, des arguments d’autorité sur la nature souveraine et un rejet de la culture, de toute notion d’Histoire…
Depuis les Alpes, donc, où j’essaie de me reconnecter au romantisme perdu de la nature, Heidi, Sound of Music, Romy Schneider, de réhabiliter la notion de prendre son café sur une terrasse de chalet en bois en lisant et en écrivant, sans avoir à randonner ou à faire du VTT, sans avoir à se vêtir de spandex fluo auto-transpirant…
Depuis les Alpes, je fais la sieste et je grignote L’urgence et la patience, je réponds au courier de mes lecteurs, qui me parlent de second livre, de ma démarche, de littérature. De la façon dont mon livre s’est immiscé dans leur quotidien, l’a côtoyé. C’est bouleversant cette idée-là, d’avoir été ainsi lue, d’avoir suscité cette émotion-là chez des inconnus, dans leur cuisine, dans leur métro, à leur chevet. Quand ils me disent qu’ils ne voulaient pas que ça se termine.
Je profite de cette trêve estivale pour voir comment aborder les choses – je pense à la composante américaine. Je vais me baigner dans mes billets américains, et aussi ceux avant. Quelle nostalgie, ce moment, entre avril 2023 et notre départ en Pennsylvanie, quand je démarrais l’écriture de ce livre et préparais cette traversée familiale transatlantique.
Un an plus tard, la partie mystérieuse de ce vécu est venu nourrir mon livre, comme j’en écrivais la dernière partie – dans un flot merveilleux, et ces chapitres ont pris justement le poids et la magie de cette période enlevée.
Reste la partie transatlantique. Celle-ci, non exploitée, contient du moi, du rêve et des mots.
Mais où commencer ? Qu’inclure ou non dans cette traversée ? J’ai 8 valises, mais ce n’est qu’un aboutissement. S’il ne tenait qu’à moi, je partirais de l’endroit précis où je me suis remise à écrire, à l’automne 2022. Mais cette histoire m’est trop personnelle, il faut la ciseler encore pour trouver ce qui sied à la littérature.
Son : Bryce Dessner, Gautier Capuçon, Towards the Forest, 2025








