Je dis à O. : « Il faut vraiment faire venir les gens ici. On rate la moitié de l’expérience si on ne vient pas. »
La plaine sur laquelle nous débouchons, notre plaine, brille de points noirs parsemés : nos antennes. Au loin, la pente du plateau blanchi de sel ressemble à une bande de nuages, et les montagnes « d’or » (金) et les « petites » (小), merveilleux dragons endormis. Les touffes de végétation en dômes semi-sphériques, derrière lesquels je peux m’abriter pour faire pipi.
Nous allons d’antenne en antenne dans de formidables cahots, et Pf me laisse – après hésitation – visser, dévisser des amplificateurs. Pendant que nous attendons les réponses des collègues enfermés dans le DAQ room qui regardent les données sur les instruments modifiés, je ramasse des cailloux.
Ils sont lisses et brillants comme des morceau de fer forgé extraterrestres, sculptés par le sable et le vent, aux encoches sibyllines.
Le soleil s’affaisse, nos ombres s’étalent dans le désert, accentue le contour des pierres.
Nos antennes élégantes s’élèvent dans le ciel et reflètent le rose.
Au soir, la température chute de plus de vingt degrés.
Je trace des spectres, nous continuons notre proposal ERC, la pièce de travail est confortablement équipée, les collègues drôles, il faut juste aller faire pipi dans le froid et/ou dans des toilettes sèches.
Mais la Galaxie à 2h du matin, lorsque les yeux oublient l’écran quelques minutes. Cassiopée, Orion, le scorpion et Antares rouge, l’atlas céleste de Dunhuang tracé par l’Univers.
Son : Hania Rani, Mari Samuelsen, Julien Quentin, Scoring Berlin, Jonathan Stockhammer, Glass (Arr. Knoth for Solo Violin, Piano & Strings), in Life, 2024.
